Historique

Changer la  législation en matière d’internement psychiatrique est le point fort des combats du G.I.A. depuis ses origines, en 1972.

Origines et actions du GIA

Le GIA a d’abord été un mouvement informel, initié en 1972, dans l’après mai 68, par quatre futurs médecins, de la mouvance maoïste, alors internes en psychiatrie au Centre hospitalier spécialisé (CHS) Perray-Vaucluse, dans l’Essonne. Ils voulaient exprimer leur révolte devant les excès des pratiques traditionnelles de leur profession. Organisant des débats publics dans les locaux universitaires de Jussieu, à Paris, ils furent aussitôt rejoints par des étudiants contestataires parmi lesquels Philippe Bernardet, futur sociologue chargé de recherches au CNRS, qui sera pendant vingt ans la cheville ouvrière du GIA. Dès 1974, le GIA se mit à soutenir des procédures judiciaires entamées par des personnes ayant subi un internement abusif. Mais la lenteur judiciaire française ne permettait pas d’en voir l’aboutissement à court terme !

Quand, au sein du mouvement, apparurent des tentatives de remettre en cause l’institution psychiatrique elle-même et non pas seulement ses excès, les élèves psychiatres quittèrent un à un, discrètement, le GIA. Des élèves infirmiers, par contre, y resteront quelques années de plus. Le GIA se réunit un temps dans les locaux universitaires de Censier, toujours à Paris, où des intellectuels psychanalysants du CERFI (rattachés à la Clinique de La Borde) tentèrent de récupérer son énergie mobilisatrice, en vain : le GIA ne voulait plus laisser des groupuscules politiques s’emparer de lui. De retour à Jussieu, le GIA ne se contenta plus de laisser s’épanouir de beaux discours sur la folie. Il éclata en groupes de quartiers regroupant localement des psychiatrisés en lutte contre l’appareil répressif psychiatrico-policier.

Psychiatrisés en lutte devint justement le titre de la revue créée par le GIA sous couvert d’une association fondée ad hoc, l’APLP (Association pour la liaison des psychiatrisés), à but non lucratif et régie par la loi du 1er juillet 1901, dont la première déclaration au Journal Officiel date du 15 février 1975. La revue Psychiatrisés en Lutte, avec Philippe Bernardet comme directeur de publication, paraîtra irrégulièrement durant quatre ans et comptera vingt-et-un numéros. En 1977, dans un supplément au numéro 7-8 de sa revue, le GIA publia la Charte des internés.

Dès 1978 également, le GIA avait créé en son sein une commission juridique. Mais en 1980, Philippe Bernardet intégrant le CNRS comme chargé de recherche en sociologie, dut partir en Afrique jusqu’en 1981 pour des raisons professionnelles. C’est à son retour que, progressivement, le GIA développa une action procédurière plus systématique visant à dégager de la jurisprudence sur le terrain du contentieux de l’internement psychiatrique illégal, arbitraire ou abusif, alors qu’il n’y en avait pratiquement pas eu depuis la loi du 30 juin 1838. Cette spécificité assoira la réputation du GIA d’être spécialiste de la lutte juridique contre l’abus et l’arbitraire psychiatriques et de la défense des droits des psychiatrisés. En 1989, les affaires les plus exemplaires de l’action du GIA en ce domaine furent publiées dans un livre de 368 pages, écrit par Philippe Bernardet, édité aux éditions Fayard sous le titre significatif : Les dossiers noirs de l’internement psychiatrique.

Toutefois, le GIA n’a jamais limité son action au domaine juridique. Parallèlement aux procédures, en effet, il n’avait pas cessé de dénoncer et de combattre l’usage répressif et normatif de la psychiatrie, la collusion psychiatrie-police. Il n’a jamais cessé non plus d’exiger le respect de la dignité des psychiatrisés, de dénoncer les maltraitances en psychiatrie et de lutter contre la psychiatrie lourde (électrochocs et autres cures de Sakel, contrainte aux soins, enfermement, contention, camisole chimique, médication à vie-à mort, psychochirurgie etc.). Il a également toujours mené un combat sur le plan législatif. Le 27 juin 1990 fut promulguée la réforme de la loi du 30 juin 1838 sur l’enfermement des aliénés. Mais cette réforme n’était qu’une modernisation de la vieille loi de 1838, le contre-projet de loi élaboré par le GIA et soutenu par le groupe communiste de l’Assemblée nationale ayant été rejeté.

Tous ces combats se firent avec peu de forces vives, car, après l’effervescence de l’après-68 et du début des années 70, le GIA dut faire face, comme tous les autres mouvements sociaux, à un désengagement et une raréfaction du militantisme bénévole. Pourtant, il survécut !

De 1989 à 1996, René Loyen en assura la présidence. Fin 1992, suite à des conflits successifs au sein de l’association, dont une scission en 1991 animée par Clothilde Michelet, Philippe Bernardet démissionna de ses responsabilités au sein du GIA dont il était trésorier et animateur de la commission juridique. Il restera désormais extérieur à l’association tout en gardant d’étroits contacts avec elle et la soutenant de toutes ses compétences.

La crise interne se poursuivit, amenant un déclin du GIA. De 1996 à 1999, Patrice Butel en assura la présidence. En 1999, la précédente période de déclin commença à prendre fin avec la remise sur pied d’une commission juridique autour d’Aldo Duhamel et d’Olivier Colman dans le nord de la France. La présidence de l’association fut assurée par Aldo Duhamel de novembre 1999 à novembre 2000, date à laquelle les président et trésorier du GIA firent scission, créant l’AFCAP (Association française contre l’abus psychiatrique) sur un programme d’action purement juridique.

A partir du 25 novembre 2000, et ce jusqu’en novembre 2010, la présidence du GIA fut assurée par André Bitton, avec une parenthèse en 2008 où la présidence fut tenue par André Lézeau. En 2001-2002, le GIA amorça un renouveau avec un redémarrage des médiatisations d’affaires.

Le 14 avril 2007, Philippe Bernardet est décédé à l’âge de 57 ans, suite à une pénible maladie. Philippe Bernardet n’était pas seulement sociologue, il était devenu juriste et mandataire à la Cour européenne des droits de l’homme.

En 2008, la Commission Alternatives thérapeutiques du GIA, sous la direction de Nicole Maillard-Déchenans, publia l’ouvrage Pour en finir avec la psychiatrie – des patients témoignent, aux Editions libertaires, Saint-Georges d’Oléron, 290 pages.

En novembre 2010 se produisit une nouvelle scission, André BITTON créant sa propre association, le Cercle de Réflexion et de Propositions d’Action (CRPA), à l’objet calqué sur celui du GIA. Antoine Dubuisson lui succéda à la présidence du GIA.

En 2010-2011, le GIA ainsi que l’AFCAP furent à l’origine de QPC (Questions prioritaires de constitutionnalité) qui firent s’entrouvrir la possibilité d’une judiciarisation de l’internement psychiatrique, provoquant des brèches dans la loi du 27 juin 1990 et dans le projet de loi sécuritaire prônée par Sarkozy. Cette loi promulguée le 5 juillet 2011 et entrée en vigueur le 1er août suivant, dite “ relative aux droits et à la protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques et aux modalités de leur prise en charge”, prévoit, lors des mesures de contrainte aux soins ou d’hospitalisation forcée, l’intervention d’un juge, même si ce n’est pas selon les modalités que le GIA aurait souhaitées. Le combat continue…

 

Pour plus de détails, lire :

Psychiatrisés en lutte n°1

Pour en finir avec la psychiatrie – des patients témoignent, Annexe historique, pages 239 à 280 du livre par Nicole Maillard-Déchenans (Editions libertaires, 2008, 290 p.).

Statuts du GIA.

Les associations d’usagers citoyennes, un peu d’histoire des patients et anciens patients psy en France, par Claude Deutsch (2003) d’Advocacy France.