Archives de catégorie : Témoignages

(N.B. Les dates sont celles de la réception ou de la mise en ligne par le GIA)

Silence, on interne (Télérama N°3518 du 14 juin 2017)

« Dans un état de fatigue extrême, Ariane K. fait une attaque de panique dans la rue. Très vite elle est arrêtée, menottée et internée d’office sans pouvoir se faire entendre ni contacter un proche. Récit d’un cauchemar qui met en lumière les dérives du système psychiatrique français. » Non, détrompez-vous, ce n’est pas l’introduction à un témoignage publié sur le site du GIA, mais bel et bien le début d’un dossier paru dans le N°3518 du 14 juin 2017 (programmes du 17 au 23 juin 2017) de l’hebdomadaire Télérama. Nous conseillons à tous de se procurer ce numéro afin d’en lire l’intégralité.

La journaliste Martine Landrot y présente sur quatre pages le récit d’Ariane K., « enfermée abusivement pendant un mois » en 2016. Elle subit d’abord une  violence policière inouïe alors que les gardiens de la loi venus l’interpeller sont informés qu’il s’agit d’une personne en détresse à secourir et non d’une délinquante à arrêter. Elle est « très vite plaquée au sol, menottée derrière le dos et traînée par les pieds jusqu’au fourgon de police« , puis « hissée à coups de genou, face contre le plancher, à l’intérieur de la camionnette« .

La journaliste ne mâche pas ses mots : »Jusqu’alors, le délit de souffrance était inconnu d’Ariane. La fragilité ne lui semblait pas un crime de lèse-société. La suite des événements va se charger de lui montrer comment on mate les fauteuses de trouble de son espèce, qui craquent en silence dans la rue. »

Une rengaine bien connue du GIA

Les membres du GIA connaissent bien la rengaine. Après une nuit passée en cellule au dépôt du 13ème arrondissement de Paris, toujours sans aucune explication ni réponse à ses questions et à ses appels au secours, elle est transportée, toujours menottée, à l’Hôtel Dieu, puis à l’Infirmerie Psychiatrique de la Préfecture de Police (I3P ou IPPP), « zone de non-droit sans statut bien défini et interdite à tout regard extérieur, ni hôpital psychiatrique, ni sas de garde à vue, passage obligé, depuis le XIXème siècle, de toute personne susceptible d’être internée d’office« . Pas plus que dans les lieux précédents, elle n’est informée de l’endroit où elle se trouve ni ne peux prévenir qui que ce soit. Les toilettes ? Une bassine en plastique qu’on lui passe dans sa cellule lorsqu’elle tape à la porte. Elle est contrainte à ingérer des médicaments sous forme liquide, « sinon c’est l’injection » la menace-t-on. Le lendemain,  elle est traînée à « la visite« , comme se vante le psychiatre en chef de l’IPPP, inconscient du ridicule de la façon théâtrale dont il assure sa consultation : huit personnes présentes (policiers, infirmiers et médecins), « Sa cour, son fou (moi), son bureau orné de lambris… » raconte Ariane elle-même.

Avalée par la machine infernale

Diagnostic, verdict : hospitalisation sans consentement à la demande du représentant de l’Etat… « Le levier est actionné, la trappe ouverte, Ariane, avalée par la machine infernale. » C’est alors seulement qu’elle est autorisée à prévenir une personne de son entourage, mais elle n’a pas le droit de le faire elle-même. C’est un jeune psychiatre de l’I3P qui appelle son amie Marie et l’informe qu’Ariane va être transférée à Sainte-Anne sur ordre du préfet mais refuse de lui en dire plus sur ce qu’il se passe. Ariane est escortée au Pavillon J, « quartier fermé, sous haute surveillance, où l’on pénètre après avoir franchi deux sas de sécurité« , « revêtue du pyjama réglementaire, interdite de téléphone et de visite… », Ariane ne sera désormais plus quittée par la peur. Notamment la peur des médecins « qui tenaient mon destin entre leurs mains et m’abrutissaient de médicaments« . Au cours du mois d’enfermement, elle verra douze psychiatres différents ! « Les médecins cherchent à vous faire avouer que vous allez très mal, si bien que vous avez l’impression qu’ils vous font plonger toujours plus bas. C’est le contraire d’un rétablissement : une chute interminable« , témoigne Ariane.

Libérée soudainement, sans motif

Un matin, sans savoir pourquoi, elle est libérée et autorisée à rentrer chez elle. Elle mettra un an à se remettre, par ses propres moyens… Elle va enfin mieux, mais reçoit un courrier de la préfecture de police l’avertissant que son permis de conduire est désormais suspendu à un contrôle médical. Elle découvre alors qu’elle est désormais fichée comme personne  ayant été psychiatrisée d’office… Elle conclut : « Comment a-t-on pu imaginer cette réponse à la souffrance humaine ? »

Le dossier de Télérama contient aussi une interview du psychiatre Thierry Najman, Une prison sur ordonnance, par Martine Landrot, et une interview de Raymond Depardon,  « A l’écoute, entre le juge et le patient« , titre aussi du prochain film du célèbre documentariste, par Vincent Rémy.

L’absence de reconnaissance des douleurs physiques chroniques en psychiatrie

Une jeune femme, Marion (pseudonyme), témoigne de ses récents enfermements sans consentement en psychiatrie. Elle dénonce la non-prise en compte de sa pathologie chronique. Son témoignage est en outre particulièrement intéressant car il montre comment « l’externalisation psychiatrique » par résidence forcée chez des tiers est, à la longue, aussi insupportable que l’enfermement en hôpital proprement dit et n’est pas une solution durable. Elle avait subi déjà des internements auparavant puis en avait été réduite à vivre chez ses parents sous le contrôle de ceux-ci.

Témoignage d’une adolescente révoltée par la psychiatrie

Nathalie (pseudonyme), adolescente enfermée en pédiatrie puis en hôpital psychiatrique en 2015, nous a envoyé son témoignage. Elle y  crie sa révolte contre la psychiatrie et contre la pédopsychiatre qui l’a faite hospitaliser sans son consentement. Elle témoigne avoir ressenti son hospitalisation comme un emprisonnement et dénonce la sur-médication et les violences symboliques et physiques inhérentes à une telle situation.

Est-ce la différence ou l’intolérance qui est anormale ?

Témoignage de M. Jean-Louis C. écrit le  7 mars 2016

A l’origine de ma prétendue maladie mentale :

En 1975, j’ai eu des contacts avec la secte Les Enfants de Dieu qui m’ont énormément perturbé.
Suite à cela, j’ai eu un accident de voiture en état d’ivresse.
A cette époque-là, on ignorait tout des sectes, y compris le mot lui-même.
J’avais 21 ans et, comme la plupart des jeunes aujourd’hui, je faisais la teuf le samedi soir.
Avec le recul, je me dis que, si l’Eglise de nos parents avait été autre chose qu’une religion ésotérique – réservée aux seuls initiés, peu compréhensible pour le commun des mortels -, on n’en serait pas là aujourd’hui…
Comme me disait mon papa quand j’étais petit : « Si tu n’apprends pas à compter, quand tu seras grand, on profiteras de toi, tu te feras voler… »
Pour me résumer, je dirai qu’on est en présence d’un problème de « causalité » ; on a été maintenu dans « l’ignorance » et maintenant on se fait avoir…
Vous allez me dire : pourquoi ne pas laisser la religion – les discussions et les théories – de côté ?
Tout simplement parce que je n’arrive pas à trouver mes marques naturellement…
Comme me disait ma maman : « Tous les animaux savent nager en naissant, seul l’homme a besoin d’apprendre ! »
Est-ce la différence ou l’intolérance qui est anormale ?

Le lendemain de l’accident de voiture, j’ai été victime d’un concours de circonstances.
J’étais en état de choc – traumatisme lié à une violente émotion – et désorienté par les entretiens que j’avais eus avec les Enfants de Dieu.
Je travaillais comme employé d’immeubles et dans l’accident – j’ai fait quatre tonneaux à 120 à l’heure -, j’ai perdu les clés des immeubles, par conséquent, je ne pouvais pas reprendre mon travail comme si de rien n’était. C’était un samedi et les bureaux de mon employeur étaient fermés.
J’habitais encore chez mère. Celle-ci, désemparée, ne sachant plus quoi faire, a appelé notre médecin de famille, le Dr P. G., pour lui demander conseil.
Le samedi matin était son jour de visites à domicile, avec des patients qui avaient rendez-vous, il ne pouvait donc pas s’occuper de moi.
Il m’a proposé d’aller de moi-même à l’hôpital psychiatrique une dizaine de jours, pour me reposer et faire le point sur ma situation, afin de pouvoir reprendre mon travail dans de bonnes conditions.
Déstabilisé, j’appréhendais de me présenter de moi-même dans un hôpital psychiatrique…
Je lui ai demandé s’il ne pouvait pas me faire une lettre de présentation.
Il m’a répondu : « Si je vous fais une lettre, vous ne serez pas en placement libre, mais volontaire1. » J’avoue que je ne saisissais pas bien la différence, en outre, je n’avais pas d’a priori sur la psychiatrie, je faisais confiance en la médecine. Par conséquent, je lui ai dit que cela n’avait pas d’importance, qu’il n’avait qu’à la faire.
Je me suis donc présenté pour la première fois à l’hôpital psychiatrique, c’était le 10 juillet 1975.
C’était un samedi après-midi, vers 15 h. J’ai été reçu par un interne de garde très froid qui a posé quelques questions pendant environ vingt minutes à une personne « momentanément » désorientée. Mais il n’y a eu aucune discussion, aucune explication, aucune réponse, rien…
Je suis sorti du bureau et une demi-heure après on m’apportait un traitement qui m’a transformé en un être végétatif – qui se limite à l’entretien des fonctions vitales sans faire intervenir les facultés intellectuelles, « un tube digestif » comme disaient certains infirmiers à l’époque ! – et qui m’a plongé dans un état de souffrance physique et morale indescriptible pendant six mois…
Cette souffrance se caractérise par des sensations atroces de compression du cerveau et se manifeste par des coupures dans les pensées et donc dans les paroles toutes les 15 à 20 secondes, avec oubli de ce qu’on pensait ou disait la seconde d’avant, ce qui fait que l’on ne peut ni penser, ni finir une phrase que l’on a commencée et en essayant désespérément de la finir, on la répète plusieurs fois en vain… Et à la place, on débite des sottises ! Alors imaginez-vous, quand vous avez un interlocuteur en face de vous qui ignore tout du problème et qui vous voit dans cet état-là, quelle opinion il peut se faire de vous… Et de toute façon, même s’il comprend ce qu’il se passe, que pourrait-il faire avec vous dans ces conditions ?
On se retrouve donc seul au monde, sans plus aucune défense…
Sans oublier les tremblements continuels, la bave qui coule en permanence, les troubles de la vue qui vous empêchent de lire, les contractures qui ne sont pas totalement neutralisées par les correcteurs, les douleurs lancinantes dans la colonne vertébrale, la constipation chronique qui aboutit parfois à des occlusions intestinales avec comme conséquences la colostomie ou la mort… Certains médicaments provoquent des pigmentations irréversibles sur le visage, les mains, les pieds et tout le corps : on se retrouve donc rouge comme une écrevisse pour le restant de ses jours…
Il m’est arrivé également à plusieurs reprises de vomir sur la table commune et dans mon assiette pendant les repas, à cause d’un appareil digestif anesthésié. Pour les mêmes raisons, il arrive que l’on fasse des fausses routes, avec comme conséquence, si la manœuvre de Heimlich – technique de secourisme pour expulser un corps étranger des voies respiratoires, le sauveteur comprimant rapidement le creux de l’estomac – n’est pas pratiquée à temps : la mort en quelques minutes, ou le cerveau détruit comme lors d’un A.V.C. (accident vasculaire cérébral), le cerveau n’étant plus alimenté en oxygène ou en sang.
Les décès par crises cardiaques, suite au surdosage des médicaments ; les morts par insuffisances cardiaques – incapacité d’un organe à accomplir totalement sa fonction caractéristique – qui arrivent après plusieurs années de traitements.
Il ne faudrait pas non plus passer sous silence le pourrissement des dents provoqué par l’acidité des traitements. Raison pour laquelle les malades sont utilisés comme cobayes pour « l’ Ecole Dentaire », considérés comme « un moindre mal », ce qui accélère encore la perte des dents ! Même en prison on ne voit pas cela…

1 Cela se passait en 1975, sous la loi de 1838 distinguant deux cas d’hospitalisation en asile d’aliénés : le placement d’office (à la demande du préfet) et le placement volontaire (c’est-à-dire à la demande d’un tiers, car le prétendu aliéné étant censé ne pas avoir de volonté propre, c’est donc la volonté d’un proche qui était prise en considération). Il n’est donc pas étonnant que le jeune Jean-Louis C. n’ait pas bien saisi la différence entre ‘volontaire’ et ‘libre’ ! Le placement libre (à la demande du patient lui-même) a existé peu à peu de facto à partir des années 1950 et suivantes, et c’est par la loi de 1990 remplaçant celle de 1838 que l’hospitalisation libre est apparue dans les textes législatifs comme une des trois possibilités statutaires d’être hospitalisé à temps complet en psychiatrie.

Récit des péripéties des internements de Pierre Peyvel

Nicole Maillard-Déchenans , membre du GIA, a écrit le récit des circonstances rocambolesques et des péripéties multiples liées à la politique locale qui ont conduit Pierre Peyvel, simple négociant en vins d’Aurec-sur-Loire, à se retrouver à maintes reprises et sur plusieurs années, enfermé à l’hôpital psychiatrique Sainte-Marie au Puy-en-Velay. Ce récit est mis à jour au 29 février 2016.

Décès au CH psychiatrique de Bavilliers (90)

M. Rabah Bouadma est décédé le 14 juin 2009 dans les locaux du Centre de psychiatrie générale Pierre Engel à Bavilliers (Territoire de Belfort). Il a fallu beaucoup de persévérance à la famille, soutenue par un comité de soutien et le GIA, pour arriver à un éclaircissement sur les causes de ce décès. Nicole Maillard-Déchenans, qui a enquêté sur l’affaire pour le GIA et a notamment étudié le rapport d’autopsie avec un spécialiste, résume le déroulement des faits et des actes « médicaux » qui ont conduit à cette tragédie.

Usage politique de la psychiatrie

Jean-Pascal Michel dénonce l’usage de la psychiatrie à des fins politiques. Le militant attaque l’arrêté d’hospitalisation à la demande du représentant de l’Etat qui avait conduit à son internement en mars 2012. En effet, il avait été hospitalisé sans consentement suite à une action non-violente de défense de l’environnement à Loupian (Hérault). Article de La Marseillaise.

Même un médecin peut être interné

Être soi-même médecin ne protège ni de l’internement abusif ni de pseudo-« soins » tout à fait inadaptés de la part de « collègues » à l’éthique plus que douteuse… La Dr Agnès Beaufeuil témoigne de la facilité dont un conjoint, lors d’un conflit conjugal, peut provoquer l’hospitalisation sans consentement de son épouse afin de s’approprier ses biens. Elle décrit aussi les traitements médicamenteux qu’on lui a fait ingurgiter alors qu’elle n’était absolument pas délirante.