Article du journal LE PARISIEN – Edition de Paris, le 26 octobre 2006 Image PDF
Préfecture de police
Le bunker de l’infirmerie psychiatrique pourrait s’entrouvrir
C’EST LA que sont conduits, à la demande des commissaires de police, les hommes et les femmes à la dérive, alcooliques en dégrisement, gardés à vue en crise, malades mentaux... En 2005, 2.500 personnes ont ainsi été retenues à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police (I3P) entre 24 et 48 heures, le temps d’un diagnostic pouvant conduire à un internement.
Or, dans ce bâtiment, 3, rue Cabanis, devant l’hôpital Sainte-Anne, personne, ni association ni avocat, ne peut pénétrer. " Nous sommes face à un lieu fermé et secret, déplore André Bitton, le directeur de l’association Groupe Information Asiles (GIA). C’est la porte ouverte à des dérives. "
L’association GIA, créée en 1972 contre " l’abus et l’arbitraire en psychiatrie ", a gagné, hier, une première manche dans sa bataille contre cette " zone de non-droit ". Lors d’une audience au tribunal administratif de Paris, le commissaire du gouvernement a préconisé l’annulation du refus du préfet de police d’accepter la présence d’un avocat pour toute personne internée qui le souhaiterait II a également demandé à ce que la charte d’accueil de l’I3P soit modifiée pour désormais ouvrir ce droit à tous les patients.
Le 30 avril 2003, le préfet Jean-Paul Proust avait rejeté le recours gracieux du Groupe Information Asiles qui demandait à la préfecture de rendre possible la visite d’un avocat pour toutes les personnes hospitalisées d’offïce à l’I3P. Le GIA, qui n’en est pas à sa première bataille judiciaire contre la préfecture, avait donc décidé de porter l’affaire devant les magistrats.
"Un grand pas pour les libertés individuelles"
Bien sûr, il faudra attendre la notification du jugement, qui devrait intervenir courant décembre, pour être certain que les juges du tribunal administratif suivent les réquisitions du commissaire du gouvernement (ce qui a lieu dans la majorité des cas). Mais André Bitton y voit déjà une grande avancée. " A partir de ce jugement et même si la préfecture décide de faire appel, l’I3P ne sera plus une zone de non-droit, affirme le responsable,. c’est un grand pas pour les libertés individuelles. "
L’année dernière, sur les 2.506 personnes suspectes de " présenter des troubles mentaux et de causer un trouble à l’ordre public " conduites à l’IPPP par les commissariats parisiens et ceux de l’aéroport de Roissy, 1.506 ont été hospitalisées d’office (HO), 820 sont rentrées chez elles, 286 ont été hospitalisées à la demande d’un tiers, et 275 ont été hospitalisées librement.
F.G.