Le G.I.A. intervient au 2ème colloque de Psychiatrie citoyenne à Besançon les 1-2 avril 2019

Nicole Maillard, vice-présidente du Groupe Information Asiles (G.I.A.), a pris la parole comme membre du collège ‘usagers’ lors de l’atelier 1 durant le 2ème Colloque de psychiatrie citoyenne organisé par les Invités au Festin (IAF) à Besançon les 1 et 2 avril 2019 :

« Qui suis-je  ?
Quelles sont mes propositions ?

Voici très brièvement quelques aspects de ma vie et des mes engagements personnels qui sont en lien avec la psychiatrie et surtout avec les luttes contre celle-ci et pour des alternatives plus respectueuses des êtres humains.

A un moment de ma vie, je me suis retrouvée étiquetée atteinte de dépression nerveuse (erreur de diagnostic, il s’agissait en fait de stress post-traumatique) et traitée en tant que telle. J’ai donc eu à connaître, sur mes propres corps et esprit, des effets dévastateurs de divers médicaments psychotropes. On m’en a fait prendre tout un cocktail pendant presque un an. Je m’en suis désintoxiquée moi-même, envers et contre la pression psychiatrique, car, n’étant justement pas dépressive, j’avais la ferme volonté de ne pas me laisser réduire à une larve obèse et édentée comme je voyais d’autres le devenir avec ces traitements. Sans cette expérience directe, je ne me serais jamais rendu compte à quel point la chimiothérapie peut faire de ravages sur l’être humain.

Entre autres métiers, j’ai exercé pendant quelques années celui d’enseignante spécialisée. J’ai pratiqué d’emblée et partout les Techniques Freinet et la Pédagogie Institutionnelle (TFPI).
J’ai travaillé auprès d’enfants et d’adolescents étiquetés soit en grande difficulté psychique et comportementale, soit atteints de troubles autistiques, avec divers handicaps physiques associés (de naissance ou suite à maltraitance). Certains d’entre eux avaient été hospitalisés en hôpital psychiatrique ou maintenus par défaut en institutions médico-pédagogiques, d’autres restaient 24 h sur 24 dans leur famille, n’ayant bénéficié d’aucun accueil nulle part.

En tant que psychologue stagiaire, j’ai eu l’occasion de travailler à l’hôpital psychiatrique de Sarreguemines, en services ordinaires mais aussi et surtout en Unité pour Malades Difficiles (UMD) où j’ai mis en place la pratique hebdomadaire du Conseil de coopérative qui est le cœur de la pédagogie Freinet. Les effets positifs sur les prétendus ‘malades dangereux’ en étaient spectaculaires. Ils révélaient leurs compétences bien réelles pourtant déniées par des médecins et des soignants qui résistaient des quatre fers à une telle libération de la parole de leurs ‘patients’, car elle mettait en cause leur pratique et l’organisation des services.

Ces expériences avec la psychiatrie dominante en France m’ont convaincue de m’engager avec le Groupe Information Asiles (G.I.A.), association pionnière dans la défense des droits des personnes psychiatrisées. J’y ai notamment coordonné la publication du livre collectif Pour en finir avec la psychiatrie, des patients témoignent, paru en 2008 aux Editions libertaires et toujours achetable sur Internet.

Le G.I.A., fondé en 1972, est à l’origine de la jurisprudence en matière de droit français de l’internement psychiatrique et a fait condamner d’innombrables fois la France par la Cour européenne des Droits de l’Homme. Cette association est pourtant restée toujours minuscule et ne reçoit aucune subvention. Il est regrettable que ni la Ligue des Droits de l’Homme (LDH), ni l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT) ne se soient emparées depuis des décennies de la défense des psychiatrisé-e-s, comme si la discrimination négative vis-à-vis des ‘malades psychiques’ touchait aussi ces grandes associations disposant pourtant de moyens considérables (comparativement au G.I.A.).

Le G.I.A. s’est, en effet, depuis sa création, intéressé au Droit, tentant de promouvoir des changements dans la législation, seul moyen de contrecarrer la toute-puissance psychiatrique. Car la question de fond que le G.I.A. pose nous concerne tous : qui, dans notre société, a le pouvoir in fine sur un être humain étiqueté ‘malade psychique’ et enfermé sans consentement, donc privé de sa liberté constitutionnelle d’aller et venir ? Le psychiatre, le préfet ou le juge ? Grâce à la jurisprudence obtenue pendant des décennies de luttes, la réponse est claire : c’est le juge. Mais les lois du 5 juillet 2011 et du 27 septembre 2013 qui le font intervenir automatiquement sont très mal appliquées et comportent encore bien des failles :

  • La ‘garde à vue’ thérapeutique avant décision du juge des libertés et de la détention (JLD)
    peut durer jusqu’à 12 jours, elle est donc discriminante par rapport à à la durée de garde à vue de n’importe quel autre citoyen non suspecté d’être ‘malade psychique’.
  • Les audiences du JLD ont lieu en première instance dans un tribunal délocalisé au sein de l’hôpital psychiatrique. La raison en est purement financière (manque de personnel et de moyens pour accompagner le psychiatrisé au tribunal de grande instance le plus proche). Cela relègue d’autant plus la personne enfermée sans consentement.

Le JLD a le droit d’exiger le huis-clos de l’audience. Hors, seul le psychiatrisé sans consentement devrait avoir ce droit.

Concernant la pratique médicale, un changement essentiel serait à mettre en œuvre au plus vite : cesser de ne considérer que le DSM ou le CIM comme seuls critères valables pour les diagnostics psychiatriques et cesser de donner la priorité à la chimiothérapie pour ‘soigner’. Nous appelons à une Rencontre des médecines, selon la belle appellation de feue la Dr Yvette Parès, afin que toutes les médecines du monde soient respectées et s’enrichissent mutuellement de leurs expériences et sagesses traditionnelles respectives pour le plus grand bien de toute l’humanité.

Cela implique évidemment de briser le monopole et le lobbying des laboratoires pharmaceutiques qui dominent le marché mondial du médicament et de dénoncer les conflits d’intérêt dans lesquels bien des médecins sont empêtrés malgré leurs dénégations. Plutôt que de prescrire d’emblée des produits psychotropes nocifs pour celui qui les ingurgite, la priorité thérapeutique devrait être d’abord d’aider au sevrage et de détoxifier le corps-esprit (ils sont insécables) du ‘malade psychique’, notamment par le jeûne. Des études très complètes, sur des décennies et avec des protocoles rigoureux ont été publiées depuis longtemps en ex-Union soviétique et attestent du pouvoir de guérison du jeûne en matière, entre autres, de pathologie psychiatrique, y inclus chez des chroniques de longue durée. Qu’attend l’OMS pour faire traduite ces protocoles et diffuser cette bonne pratique ?

Avec l’association Neptune forumpsy.net, nous demandons l’abolition de la contention mécanique par attachement et de l’isolement forcé en psychiatrie.

Enfin, nous regrettons que des enseignants et le Rectorat de Besançon ne soient pas des invités privilégiés de ce colloque et ne soient pas inclus dans les tables-rondes, au moins des ateliers. En effet, l’Education Nationale, en France, est très discriminante vis-à-vis des enfants et adolescents pourtant d’âge scolaire et souffrant de troubles psychiques ou comportementaux ainsi que de toute autre forme de handicap. Des centaines de milliers d’entre eux sont dits officiellement scolarisés, alors qu’ils ne sont acceptés dans une classe que quelques heures par semaine. C’est une imposture. Le nombre d’auxiliaires de vie scolaire (AVS) est dérisoire face aux besoins et les personnes qui exercent cette fonction sont non formées et sous-payées. Des centaines de milliers de familles n’accèdent pas au droit élémentaire d’éducation et d’instruction de leur enfant… «