Plainte contre le Centre Psychothérapique de Nancy suite à une mise à l’isolement

L’état de santé d’un patient mis en isolement au Centre Psychothérapique de Nancy (CPN) situé à Laxou (Meurthe-et-Moselle) se serait considérablement aggravé en deux semaines, selon ses proches qui ont porté plainte contre l’hôpital pour maltraitance. Le patient a dû être transporté aux urgences de l’hôpital central dans un état inquiétant.

France Bleu Sud Lorraine d’abord, puis L’Est Républicain-édition de Nancy agglomération neuf jours plus tard, ont publié le récit de la démarche de cette famille :

D’une part, un article de Mohand Chibani de France Bleu Sud Lorraine le 15 janvier 2017 à 18h25 a alerté sur cette affaire :

« Une famille de Nancy attaque en justice le centre psychothérapique de Laxou pour maltraitance

Un patient du centre psychothérapique de Laxou a été admis aux urgences ce weekend dans un état inquiétant, après avoir passé trois semaines en isolement. La famille dénonce une maltraitance institutionnelle et attend des réponses. Le centre annonce qu’il diligente une enquête.

Un homme atteint de bipolarité, une maladie psychique bien connue, hospitalisé jusqu’ici au centre psychothérapique de Laxou, a dû être conduit aux urgences au cours du weekend. Il est suivi depuis plusieurs années par le centre, mais son état s’est dégradé ces dernières semaines. L’équipe médicale a donc décidé de le placer en isolement, comme le préconise le protocole de prise en charge, sauf que selon la famille, cet isolement a duré trois semaines, sans qu’aucun soin n’ait été prodigué.

Mon frère est un vrai légume » – une soeur du patient

« Mon frère est soigné dans ce centre psychiatrique depuis plusieurs années », raconte une de ses soeurs, « suite à une erreur de dosage de traitement, survenue le mois dernier, il a fait une rechute entraînant des épisodes psychotiques. Il a donc été mis à l’isolement pendant trois semaines, trois semaines sans contact extérieur, sans que la famille ne puisse être renseignée du moindre élément. On a demandé s’il y avait un problème et on nous disait que tout allait bien. Puis, ce weekend, on nous informe qu’il est admis aux urgences. Et c’est là qu’on découvre l’horreur. Mon frère est méconnaissable, c’est un vrai légume, il a été attaché, il est couvert d’escarres, il n’a pas été soigné. Sa langue est couverte de croûtes. On se demande bien ce qui a pu se passer pendant ces quinze derniers jours ? Quel traitement lui a-t-on administré ? On ne sait rien, on ne veut rien nous dire ».

Face aux incriminations, la direction de l’établissement organise une réunion d’urgence avec la famille ce dimanche matin. Le directeur et un cadre de santé sont présents, mais aucune réponse n’a été apportée. Une enquête interne sera diligentée.

On ne lâchera rien, nous sommes en droit de savoir » – un frère du patient

« On n’en restera pas là !’, déclare le tuteur du malade qui n’est autre que son frère cadet, « son foie a été attaqué, ses reins aussi, le cerveau… Il ne marche plus aujourd’hui, alors qu’il se tenait droit quand il est entré ici au CPN. En principe, quand on entre dans un hôpital, c’est pour en sortir mieux et là je retrouve mon frère aux urgences. Il faut qu’on sache ce qui s’est passé. Nous sommes en droit de savoir. C’est pour cela qu’on ne lâchera rien ».

La famille a décidé de porter plainte auprès du procureur de la République et de saisir le contrôleur des lieux de privation de liberté. »

a publié à son tour le 24 janvier 2017 un article de Christophe Gobin sur l’affaire :

« Laxou : la famille d’un patient attaque le CPN pour maltraitance

Une plainte pour maltraitance a été déposée contre le centre psychothérapique de Laxou par la famille d’un trentenaire hospitalisé aux urgences après quatorze jours de chambre d’isolement.

Sonia Hani dénonce « un abus de mise en chambre d’isolement » dont son frère aurait été victime au CPN qui parle, lui, de la « prise en charge complexe » d’un « patient agité ».

Le choc des photos. Sur la première, on peut voir Hakim (*), un Nancéien de 35 ans, en train de porter son petit-neveu de 7 mois. L’homme est debout, grand, costaud et a le sourire. C’était le 31 décembre dernier.

Le second cliché a été pris quatorze jours plus tard. On voit le trentenaire étendu sur un lit d’hôpital dans un état pathétique. Il a d’impressionnantes lésions un peu partout sur le corps et l’air hagard. Que s’est-il passé entre-temps ? C’est la question que se pose sa famille.

Car durant les quatorze jours qui séparent les deux photos, Hakim n’a pas été livré à lui-même. Il a été pris en charge au centre psychothérapique de Nancy-Laxou (CPN). Selon ses proches, il souffre de troubles bipolaires depuis une quinzaine d’années et fait régulièrement des crises qui nécessitent son hospitalisation. Cela a d’ailleurs été le cas fin novembre. Mais son état s’est amélioré et il a pu bénéficier d’une permission de sortie pour le Nouvel an.

Comment a-t-il pu ensuite dégringoler aussi bas une fois rentré au CPN ? « Lui est incapable de parler, de raconter ce qui lui est arrivé. Il est totalement traumatisé. Il a du mal à reconnaître ceux qui l’entourent. Il ne fait que pleurer et nous sommes obligés de veiller sur lui à l’hôpital central de Nancy comme sur un bébé », raconte sa sœur, Sonia Hani.

Patient agité et déshydraté

Du côté du CPN, le directeur des soins, Francis Mangeonjean parle de la « prise en charge complexe » d’un « patient agité qui a refusé de s’alimenter et de boire ». Le trentenaire s’est retrouvé en chambre d’isolement, a dû être attaché et s’est déshydraté.

« Les médecins ont tout fait pour lutter contre ça mais la situation s’est dégradée et a justifié une hospitalisation aux urgences », résume le directeur des soins. C’est lors de l’admission aux urgences de l’hôpital central que la famille a découvert l’état de santé du trentenaire. Un choc.

« Les lésions sur le corps sont spectaculaires mais pas dangereuses. Elles sont dues à des frottements car le patient bougeait beaucoup lorsqu’il était entravé et cela peut donner des dermatoses », affirme le directeur des soins. Mais ces explications ne convainquent pas les proches du patient. « Mon frère avait la langue tellement asséchée qu’il y avait des croûtes dessus. Comment a-t-il pu se déshydrater à ce point ? Nous avons retrouvé de la nourriture moisie dans sa bouche ! », proteste Sonia Hani.

La sœur du trentenaire et le reste de sa famille ont donc décidé de porter plainte contre le CPN pour ce qu’ils considèrent être de la « maltraitance physique et psychologique ».

Le prénom a été changé(*) »

Christophe GOBIN