Psychiatre condamné pour homicide involontaire, hôpital relaxé

Mercredi 14 décembre 2016, le Tribunal correctionnel de Grenoble a condamné le médecin psychiatre, aujourd’hui retraité, Dr Lekhraj Gujadhur, à 18 mois de prison avec sursis pour homicide involontaire. L’hôpital public où il exerçait a été, lui, relaxé. Le psychiatre a fait appel.

De quoi, de qui s’agit-il ici ?

« Le 12 novembre 2008, Jean-Pierre Guillaud, 56 ans, atteint de psychose délirante chronique depuis près de quarante ans, déjà auteur d’agressions à l’arme blanche mais autorisé à des sorties non surveillées dans le parc du centre hospitalier, s’était échappé sans difficulté de l’établissement. Il avait alors pris le car pour Grenoble à une dizaine de kilomètres, acheté un couteau dans une quincaillerie du centre-ville et tué Luc Meunier, un étudiant de 26 ans. » (Le Monde.fr avec AFP | 14.12.2016 à 17h31)

L’hôpital d’où il était sorti sans autorisation est le Centre Hospitalier Alpes-Isère, établissement situé à Saint-Egrève, en Isère, dans l’agglomération grenobloise. C’est le Dr Lekhraj Gujadhur qui avait au jour fatal signé l’autorisation de promenade dans le parc du patient réputé dangereux. « L’instruction avait montré une prise en charge sans aucune cohérence de ce patient, par à-coups, le malade errant entre différents services et hôpitaux pendant des années. Peu avant les faits, alors qu’il était hospitalisé, celui-ci n’avait rencontré aucun médecin. «Ce patient était connu. Il a tenu des propos délirants et inquiétants les jours précédant le meurtre, a raconté lors du procès Me Gerbi, avocat de la partie civile. Or, il n’a pas eu le moindre contact avec un médecin psychiatre ces jours-là.» (…)
A cette époque, l’hôpital psychiatrique de Saint-Egrève fonctionnait mal avec des équipes très isolées les unes des autres. » (Eric Favereau, Libération, 14 décembre 2016 à 15:48)

Leparisien.fr avec AFP (14 décembre 2016) enfonce le clou : « Lors du procès, au mois de novembre dernier, du docteur Lekhraj Gujadhur, (…) poursuivi  pour avoir sous-estimé la dangerosité de son patient, la famille de la victime avait été scandalisée par les déclarations du praticien. Le docteur Lekhraj Gujadhur avait en effet nié être responsable de ce malade, rejetant du même coup toute faute dans ce drame. Selon ses déclarations il ne connaissait même pas le passé, pourtant jalonné d’agressions, du meurtrier, Jean-Pierre Guillaud, schizophrène réputé dangereux : « Je n’étais pas responsable du pavillon 101, où il était hospitalisé. C’est un autre médecin qui s’en occupait. »
Des arguments qui ont peu convaincus puisqu’au sein de l’hôpital de Saint-Egrève, tout le monde semblait connaître la dangerosité du schizophrène. Sauf le docteur Gujadhur. De 1994 à 2006, Jean-Pierre Guillaud a ainsi, à six reprises, tenté de tuer. Au couteau ou par étranglement. Ses victimes d’alors — des malades, du personnel médical, des inconnus — s’en sont à chaque fois tirées miraculeusement. Le 26 mai 2006, soit deux ans avant le meurtre de Luc Meunier, le schizophrène avait grièvement blessé à coups de couteau le pensionnaire d’une maison de retraite. »

 

Quelles autres affaires cela rappelle-t-il ?

Une psychiatre, la Dr Danièle Canarelli, du CH Édouard-Toulouse de Marseille (Bouches-du-Rhône), avait déjà été poursuivie pour homicide involontaire après qu’un de ses patients ait tué en 2004 un homme lors d’une fugue de l’hôpital psychiatrique. En première instance, le Tribunal correctionnel de Marseille avait suivi les réquisitions du procureur en condamnant la psychiatre à un an de prison avec sursis. Puis, elle avait été relaxée en Appel pour cause de prescription de l’action publique, relaxe confirmée par la Cour de Cassation.

La Cour administrative d’appel de Paris, fin 2014, avait condamné l’Etablissement Public de Santé (EPS) Maison-Blanche à Paris à indemniser la famille d’un jeune homme tué en 2003 par un
patient alors pris en charge en hospitalisation d’office près d’un an auparavant.