Est-ce la différence ou l’intolérance qui est anormale ?

Témoignage de M. Jean-Louis C. écrit le  7 mars 2016

A l’origine de ma prétendue maladie mentale :

En 1975, j’ai eu des contacts avec la secte Les Enfants de Dieu qui m’ont énormément perturbé.
Suite à cela, j’ai eu un accident de voiture en état d’ivresse.
A cette époque-là, on ignorait tout des sectes, y compris le mot lui-même.
J’avais 21 ans et, comme la plupart des jeunes aujourd’hui, je faisais la teuf le samedi soir.
Avec le recul, je me dis que, si l’Eglise de nos parents avait été autre chose qu’une religion ésotérique – réservée aux seuls initiés, peu compréhensible pour le commun des mortels -, on n’en serait pas là aujourd’hui…
Comme me disait mon papa quand j’étais petit : « Si tu n’apprends pas à compter, quand tu seras grand, on profiteras de toi, tu te feras voler… »
Pour me résumer, je dirai qu’on est en présence d’un problème de « causalité » ; on a été maintenu dans « l’ignorance » et maintenant on se fait avoir…
Vous allez me dire : pourquoi ne pas laisser la religion – les discussions et les théories – de côté ?
Tout simplement parce que je n’arrive pas à trouver mes marques naturellement…
Comme me disait ma maman : « Tous les animaux savent nager en naissant, seul l’homme a besoin d’apprendre ! »
Est-ce la différence ou l’intolérance qui est anormale ?

Le lendemain de l’accident de voiture, j’ai été victime d’un concours de circonstances.
J’étais en état de choc – traumatisme lié à une violente émotion – et désorienté par les entretiens que j’avais eus avec les Enfants de Dieu.
Je travaillais comme employé d’immeubles et dans l’accident – j’ai fait quatre tonneaux à 120 à l’heure -, j’ai perdu les clés des immeubles, par conséquent, je ne pouvais pas reprendre mon travail comme si de rien n’était. C’était un samedi et les bureaux de mon employeur étaient fermés.
J’habitais encore chez mère. Celle-ci, désemparée, ne sachant plus quoi faire, a appelé notre médecin de famille, le Dr P. G., pour lui demander conseil.
Le samedi matin était son jour de visites à domicile, avec des patients qui avaient rendez-vous, il ne pouvait donc pas s’occuper de moi.
Il m’a proposé d’aller de moi-même à l’hôpital psychiatrique une dizaine de jours, pour me reposer et faire le point sur ma situation, afin de pouvoir reprendre mon travail dans de bonnes conditions.
Déstabilisé, j’appréhendais de me présenter de moi-même dans un hôpital psychiatrique…
Je lui ai demandé s’il ne pouvait pas me faire une lettre de présentation.
Il m’a répondu : « Si je vous fais une lettre, vous ne serez pas en placement libre, mais volontaire1. » J’avoue que je ne saisissais pas bien la différence, en outre, je n’avais pas d’a priori sur la psychiatrie, je faisais confiance en la médecine. Par conséquent, je lui ai dit que cela n’avait pas d’importance, qu’il n’avait qu’à la faire.
Je me suis donc présenté pour la première fois à l’hôpital psychiatrique, c’était le 10 juillet 1975.
C’était un samedi après-midi, vers 15 h. J’ai été reçu par un interne de garde très froid qui a posé quelques questions pendant environ vingt minutes à une personne « momentanément » désorientée. Mais il n’y a eu aucune discussion, aucune explication, aucune réponse, rien…
Je suis sorti du bureau et une demi-heure après on m’apportait un traitement qui m’a transformé en un être végétatif – qui se limite à l’entretien des fonctions vitales sans faire intervenir les facultés intellectuelles, « un tube digestif » comme disaient certains infirmiers à l’époque ! – et qui m’a plongé dans un état de souffrance physique et morale indescriptible pendant six mois…
Cette souffrance se caractérise par des sensations atroces de compression du cerveau et se manifeste par des coupures dans les pensées et donc dans les paroles toutes les 15 à 20 secondes, avec oubli de ce qu’on pensait ou disait la seconde d’avant, ce qui fait que l’on ne peut ni penser, ni finir une phrase que l’on a commencée et en essayant désespérément de la finir, on la répète plusieurs fois en vain… Et à la place, on débite des sottises ! Alors imaginez-vous, quand vous avez un interlocuteur en face de vous qui ignore tout du problème et qui vous voit dans cet état-là, quelle opinion il peut se faire de vous… Et de toute façon, même s’il comprend ce qu’il se passe, que pourrait-il faire avec vous dans ces conditions ?
On se retrouve donc seul au monde, sans plus aucune défense…
Sans oublier les tremblements continuels, la bave qui coule en permanence, les troubles de la vue qui vous empêchent de lire, les contractures qui ne sont pas totalement neutralisées par les correcteurs, les douleurs lancinantes dans la colonne vertébrale, la constipation chronique qui aboutit parfois à des occlusions intestinales avec comme conséquences la colostomie ou la mort… Certains médicaments provoquent des pigmentations irréversibles sur le visage, les mains, les pieds et tout le corps : on se retrouve donc rouge comme une écrevisse pour le restant de ses jours…
Il m’est arrivé également à plusieurs reprises de vomir sur la table commune et dans mon assiette pendant les repas, à cause d’un appareil digestif anesthésié. Pour les mêmes raisons, il arrive que l’on fasse des fausses routes, avec comme conséquence, si la manœuvre de Heimlich – technique de secourisme pour expulser un corps étranger des voies respiratoires, le sauveteur comprimant rapidement le creux de l’estomac – n’est pas pratiquée à temps : la mort en quelques minutes, ou le cerveau détruit comme lors d’un A.V.C. (accident vasculaire cérébral), le cerveau n’étant plus alimenté en oxygène ou en sang.
Les décès par crises cardiaques, suite au surdosage des médicaments ; les morts par insuffisances cardiaques – incapacité d’un organe à accomplir totalement sa fonction caractéristique – qui arrivent après plusieurs années de traitements.
Il ne faudrait pas non plus passer sous silence le pourrissement des dents provoqué par l’acidité des traitements. Raison pour laquelle les malades sont utilisés comme cobayes pour « l’ Ecole Dentaire », considérés comme « un moindre mal », ce qui accélère encore la perte des dents ! Même en prison on ne voit pas cela…

1 Cela se passait en 1975, sous la loi de 1838 distinguant deux cas d’hospitalisation en asile d’aliénés : le placement d’office (à la demande du préfet) et le placement volontaire (c’est-à-dire à la demande d’un tiers, car le prétendu aliéné étant censé ne pas avoir de volonté propre, c’est donc la volonté d’un proche qui était prise en considération). Il n’est donc pas étonnant que le jeune Jean-Louis C. n’ait pas bien saisi la différence entre ‘volontaire’ et ‘libre’ ! Le placement libre (à la demande du patient lui-même) a existé peu à peu de facto à partir des années 1950 et suivantes, et c’est par la loi de 1990 remplaçant celle de 1838 que l’hospitalisation libre est apparue dans les textes législatifs comme une des trois possibilités statutaires d’être hospitalisé à temps complet en psychiatrie.